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 « Ak pasyans, nap jwenn trip foumi. »

J’ai choisi d’entamer cet article par ce proverbe créole qui illustre bien mon parcours jusqu’ici. En français, il est l’équivalent de « avec patience on vient à bout de tout ». En effet, il s’agit pour moi de mettre en avant l’outil essentiel dont je me suis servi, à travers les années, pour arriver là où j’en suis. Je crois surtout qu’aucun dessein ne peut être atteint si on n’en fait pas une arme, face aux difficultés, incompréhensions et indécisions de la vie.
Cette dernière année de master a été ponctuée de bien de difficultés. L’angoisse liée à l’écriture du mémoire qui devait déterminer la suite de mon aventure ici en France, la perspective même de réussite, m’ont amenée à tout remettre en question et du même coup à redoubler d’efforts. Mais tout ceci n’est rien à côté de ce qui nous est tombé dessus dès le mois de Mars de cette année : La Covid 19.


 En effet, dès les premières annonces, la peur gagnait littéralement les esprits.  Alors que certains s'inquiétaient pour leur travail, d’autres, surtout des parents, se faisaient du souci pour la garde de leurs enfants au moment où les écoles fermaient leurs portes. Tout le monde pour ainsi dire commençait à paniquer. En tant qu'étudiante je m'inquiétais pour mes cours, mes stages que je devais annuler, les enquêtes pour ma recherche...etc. Avec incertitude, la peur au ventre et l’angoisse de l’inconnu, j’ai regardé Emmanuel Macron annoncer à la télévision que nous étions en guerre. A partir de là, nous avons assisté à une panique totale. Les supermarchés se faisaient dévaliser,  les rayons se vidaient en coups de vent. Je me souviens avoir imaginé que mon appartement allait se transformer en zone de stockage alimentaire.


Le Confinement
Au milieu de ce chaos, j’ai essayé de m’y faire comme beaucoup de personnes. En tant qu’étudiante, enfermée dans mon logement,  je m’interrogeais,  je pensais au lendemain, à l’après covid-19 tout en essayant d’avancer dans mes travaux. La fatigue, doublée d'une inquiétude constante, était dès lors le quotidien de tout le monde en France et vraisemblablement ailleurs. Les rues de Paris, de Versailles,  habituellement bondées, étaient désormais désertes car les gens ne mettaient le nez dehors que pour le travail (ceux dont la présence était indispensable) ou pour s’approvisionner. Durant toute la période du confinement, j'ai pour bien dire  expérimenté pour la première fois la solitude extrême. En effet, je ne vis pas dans une résidence étudiante ni au sein d’une famille, mais dans un appartement. Seule, et sans certitude concernant le lendemain, je passais forcément par des moments de désespoir. Il était impossible de vivre bien, de ne pas angoisser même lorsqu’on ne sort que cinq minutes à l’extérieur.
Savoir se détendre au milieu des péripéties et s’évader a été la quête de plus d'un. Et ainsi pour certains, l’échappatoire a été internet avec les réseaux sociaux, la lecture, ou encore la méditation…. Chacun essayait surtout de s’occuper à sa façon. On voyait sur tous les écrans naître toute forme d'émissions permettant à tout un chacun de supporter cette période de confinement, qui nous faisait réfléchir sur la vie, les choses et leur importance. Une émotion intacte et sincère s'emparait de moi tous les soirs devant les nouvelles diffusées à la télévision.
 Depuis l'appartement que j'occupais, seule, je me suis sentie démunie, impuissante. J'avais peur pour moi, mais aussi pour ma famille en Haiti qui vivait dans les mêmes doutes, les mêmes incertitudes, mais dans un pays où se soigner reste encore un luxe. Cette peur de la contamination s'est transformée en une barrière qui me faisait prendre conscience d’une réalité: celle de continuer malgré tout de vivre et de poursuivre ce pourquoi j’étais en France et non en Haiti auprès de ma famille en ces temps difficiles.
 En effet, vivre dans un pays étranger est difficile sous bien des aspects. Je ne prétends pas avoir vécu des choses extrêmes mais nous connaissons tous, ces moments où nous avons l'impression d'avoir la tête sous l'eau et où nous devons nous battre tous les jours pour nous sentir à la hauteur.
Les journées entières de télétravail, les regards qui ne se croisaient plus,  nous ont permis de nous recentrer sur nous-mêmes. Chaque journée en apparence se ressemblait : Plus d'imprévus dans le métro, plus de fait insolite dans la rue, plus de course poursuite pour rattraper le bus… Toutefois, je me levais tous les jours et je me disais que cette situation n’allait pas durer et je faisais des projets pour le futur retour à l'extérieur non sans quelques interrogations : retour à l’extérieur dans quelles conditions? Le retour à la vie normale se fera- t-elle sans séquelles ? Je crois que tout le monde se posait les mêmes questions.

Le Déconfinement
Le 11 mai, nous l’avons tous attendu avec impatience. Alors que certains faisaient des plans pour revoir leurs proches, autre que par un écran de téléphone, d’autres se demandaient s’ils ne resteraient pas encore confinés au moins deux semaines encore, par précaution. Je faisais partie de ceux-là. Je n’avais aucune obligation d’aller à l’extérieur car par chance, je pouvais travailler depuis la maison et je n’avais plus de cours en présentiel à l’université.
 Alors que la France se déconfinait timidement, je constatais avec peine que même si la vie allait reprendre son cours, plus rien ne serait désormais comme avant. Le gouvernement bien qu’ayant fait face à la crise, n’a pas pu éviter l’effondrement de l’économie. Tous les secteurs étaient touchés. Les chefs des grandes entreprises comme les petits entrepreneurs ont dû passer l’été 2020 en sous effectifs. Certaines compagnies ont même fait faillite. La France étant quand même un pays où le tourisme est très important, une saison sans touriste a pesé lourd dans la balance. Ce fut un déconfinement qui a commencé par inquiéter plus d’un. Mais, tout compte fait, nous étions tous pleinement conscients que la relance de l’économie ne se ferait pas sans égratignure. La crise aura mis à genoux tous les secteurs et se relever ne sera sans doute pas facile.
Pour moi, l’avenir après le déconfinement était toujours incertain car je redoutais une nouvelle vague de contamination. Mais j’ai finalement opter pour laisser du temps au temps car tant que le lendemain restait incertain, je pouvais quand même lâcher prise. C’est ainsi qu’en prenant conscience de cela, j’ai pu terminer mon année, rendre mes travaux de recherches, et surtout soutenir mon mémoire (non sans plusieurs nuits blanches.)
Après avoir rendu mes travaux et soutenu mon travail de recherche par écrit, j’ai dû attendre avec une impatience angoissante mes résultats qui devaient déterminer la suite pour moi, c’est-à-dire, entrer à l’école doctorale de l’Institut Catholique de Paris (ICP). Je me souviens avoir attendu toute la journée du 8 juillet, date de la commission de validation de l’ICP pour recevoir le mail de libération comme je le disais souvent. Mais celui-ci arriva… cependant, vers 22h20, une chose insolite s’est produite. En effet, après avoir vérifié pour la énième fois mes mails pour une raison incompréhensible, je me préparais à aller me coucher, c’est alors que j’ai reçu un tweet de la directrice de mon master. «  bravo Florence ! le doctorat est en bonne voie… donc ravie de vous retrouver bientôt… » C’est à ce moment que j’ai compris que j’avais réussi et que mes efforts et ma patience avaient porté leurs fruits. J’ai très vite annoncé la nouvelle à tout le monde, jusqu’en Haiti. C’était la preuve que malgré toutes les difficultés par lesquelles nous pouvons passer dans la vie, il suffit de croire en soi, en l’avenir et ne pas lésiner sur le travail car nous en serons toujours récompensé(e)s.
Je m’apprête maintenant à commencer mon année propédeutique en doctorat et passer du statut d’étudiante à celui de chercheuse. Il s’agit pour moi d’un véritable challenge, mais j’ai la motivation et la volonté pour y arriver.
 Pendant les vacances d’été,  n’ayant pas pu aller en Haiti, j’ai commencé à travailler sur un projet d’écriture parce que je crois qu’en tant que chercheuse, il me faudra publier de temps en temps. Ma toute première publication est un livre écrit en créole publié en août dernier, par l’édition 2 kreyòl yo basée à Jacmel (image). D’autres projets à ce niveau sont en cours et j’en parlerai une prochaine fois.
Je suis très satisfaite de ce que j’ai accompli jusqu’ici mais je crois que nous ne sommes qu’au début de l’aventure !


                                        Florence Lafalaise, MA
                                              Cadre d’éducation
                                                 Doctorante à l’ICP


                  


 

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